Alice Loesch – 18 jours sans tomber – MSC Essec

18 JOURS SANS TOMBER

Encore ce goût amer. C’est devenu mon quotidien, l’élément qui m’indique que je suis vivant
et bien réveillé. Bonjour Morgan, me dit-il. Tu as fait de beaux rêves ? Eh bien c’est terminé,
c’est l’heure de se lever. Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais seul dans une pièce assez grande pour
que je puisse faire un tour sur moi-même, les bras écartés, sans me cogner.
Je regarde l’heure. 5h57. Je ne me souviens même plus de la musique de mon réveil. Est-ce
seulement de la musique, ou est-ce la voix criarde d’un présentateur anormalement
dynamique censé me faire croire que la vie est belle dehors ? Je crois que mon inconscient ne
veut même plus le savoir – voilà des années que je me réveille quelques minutes avant mon
réveil. C’est ce genre de détails qui me mine dès le matin. J’appuie sur le bouton quand
même, pour que l’alarme ne risque pas de se déclencher et de réveiller ma femme.
L’eau de la douche est froide – le chauffe-eau central n’est mis en route qu’à 6h30. Pas de
douche chaude pour les pauvres diables qui doivent être au travail à cette heure-là. Je regarde
le petit panneau que ma femme a accroché pour essayer de me faire rire. « 17 jours sans
tomber ! » Dans la salle de bain, nous n’avons pas la place d’avoir une douche et une cuvette
de toilettes – alors nous nous douchons au-dessus de nos toilettes turques. Notre salle de bain
est une douche. Plus de deux semaines depuis la dernière fois que j’ai glissé et suis tombé. La
fois d’avant, j’avais mis le pied dans les toilettes et je m’étais tordu la cheville. Je sors, après
avoir effacé le 7 pour le remplacer par un 8.
Le placard qui contient nos vêtements est dans le sommier du lit – il faudrait rabattre le lit
contre le mur pour y avoir accès, mais comme je ne veux pas réveiller Claire, je prépare
toujours mes affaires la veille au soir. Mon uniforme vert anis, usé jusqu’à la trame, est posé
sagement sur une chaise, mais je ne le mets pas. A la place, je sors un vieux jean et un t-shirt
troué de mon sac à dos et les enfile en silence, après quoi je glisse mon uniforme dans mon
sac, que je jette sur mon dos. Claire ne sait pas que j’ai posé ma journée – c’est plus simple
ainsi. J’attrape une galette emballée dans un sachet individuel, et je me glisse dehors sans
bruit.
Comme tous les matins, la ville me frappe de plein fouet. C’est une grande claque humide et
bruyante de vie, de mouvements et d’odeurs. D’ordinaire, j’aurais enfoncé mes écouteurs
dans mes oreilles pour me plonger dans de vieux enregistrements – comme si ça pouvait me
ramener aux temps où il y avait assez de place pour tout le monde dans la rue – et je me serais
dirigé vers l’enfer étouffant et moite du métro. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, j’ai décidé
de m’offrir le luxe d’un taxi. J’y ai droit, après tout. Juste une fois. Juste cette fois.
Je marche lentement jusqu’à la borne la plus proche, celle qui se trouve dans la gare sud à
quelques centaines de mètres de chez moi. J’ai le temps. Je suis parti à mon heure habituelle
pour que ma femme n’ait pas de suspicions, mais j’ai le temps. Mon rendez-vous est à 9h.
A cette heure-ci, les trains ne sont pas encore arrivés en gare, alors il n’y a pas de queue. Je
rentre dans la première voiture de la file, face à l’écran tactile. J’ai les doigts qui tremblent
quand j’ouvre mon sac pour en sortir le carton en papier glacé. Il est encore tel que je l’ai sorti
de l’enveloppe, mais par réflexe, je l’aplatis amoureusement sur ma cuisse, puis je tape
l’adresse. L’ordinateur enregistre ma demande, cherche les coordonnées GPS, puis la voiture
se met en route.
Je regarde la ville défiler sous mes yeux – je n’ai jamais eu le temps de regarder la ville. Je
dois me tordre le cou pour voir le haut des immeubles. Tout là-haut, au sommet des gratteciels, il y a des jardins et des potagers – là où la pollution n’a pas encore arrêté les rayons du
soleil. Je passe devant l’hôpital où je travaille sans lui accorder un regard. La ville continue de
filer sous mes yeux – puis plus rien. Je suis sorti.2
Je ne suis jamais sorti de la ville – je n’en ai jamais eu l’occasion. Il n’y a rien à faire pour
moi de ce côté, pas de travail à trouver, rien. Je colle mon nez contre la vitre sale. Devant moi,
il n’y a rien – rien qu’un océan d’épis blonds, prêts à être moissonnés. Les champs sont les
seules surfaces qui ont résisté à l’expansion humaine.
La voiture s’arrête doucement : me voilà arrivé. Je glisse ma carte universelle dans le lecteur,
attends que les portes se déverrouillent, et pose précautionneusement un pied dehors. Rien n’a
changé ; il y a à peine plus de soleil, à peine moins d’odeurs. Mais je peux imaginer que ça
sent la terre battue et le foin – j’ai entendu ces expressions, elles me plaisent. Et puis c’est
calme. J’avais oublié ce que c’est que le silence.
Un vrombissement dans mon dos me rappelle à l’ordre et me fait sursauter. Je me retourne
vers le bâtiment qui était ma destination, à temps pour voir un petit avion décoller. Je regarde
l’appareil s’éloigner et disparaître. Je regarde l’heure ; j’ai encore du temps. Je m’assieds par
terre pour prendre mon petit-déjeuner. Je sais que la terre va tacher mon pantalon, mais je
m’en moque – mes vêtements seront bientôt fichus, de toute façon.
Je croque dans l’insipide galette. Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. J’ai 50 ans. J’ai vu des
photos de mes aïeux, dans les années 2000 ; je ressemble à mon ancêtre quand il avait 30 ans.
En 3042, on ne fait plus son âge. On ne sait même plus ce que ça veut dire, de faire son âge.
La médecine, la chirurgie ont détruit cette expression. On naît, on grandit, et puis on arrête de
grandir – on est adulte. On ne vieillit même pas vraiment : on vit, en se maintenant en bon
état. Et puis quand on en a marre, on prend des dispositions. Il existe des solutions. Que des
solutions, pas d’accident. Pas d’imprévu.
Ce que je fais aujourd’hui, ça ne me ressemble pas. Au point que si je l’avais dit à Claire, elle
ne m’aurait même pas cru. Je ne suis pas un homme drôle. Je ne me laisse pas guider par mes
émotions, je ne réagis jamais au quart de tour, je garde toujours la tête froide. Je me suis laissé
porter dans une vie régulée et balisée pour moi, sans jamais sortir des sentiers battus – terrifié
à l’idée de perdre le contrôle. Peut-être que je l’ai regretté, ce manque de folie. Alors quand
j’ai reçu l’offre promotionnelle de Zheng&co pour mon anniversaire, je n’ai pas hésité – moi,
qui ai besoin de vingt solides minutes pour me choisir un sandwich. J’ai caché le carton à ma
femme, considéré les options avec attention, sélectionné, téléphoné, pris rendez-vous. Et me
voici donc, les fesses par terre, en train de mâchonner une galette, devant un centre de saut en
parachute.
A 8h45, je pousse la porte en verre et pénètre dans le hall climatisé. L’homme à la réception
lève la tête.
« Bonjour monsieur, comment puis-je vous aider ?
– J’ai rendez-vous.
– Quel nom ? »
Je réponds en épelant mon nom. Le réceptionniste cherche mon nom, le trouve, me sourit.
« Par ici. »
Je le suis dans un hangar. Je commence à avoir du mal à sentir mes jambes, je marche comme
dans un rêve. Est-ce que je vais vraiment le faire ? Un employé m’attend. Il m’écrase la main
– il s’appelle Jo. Juste Jo, pas « Djo ».
« Vous avez déjà fait du saut en parachute ? »
Je secoue simplement la tête, les lèvres scellées. Je regarde Jo m’expliquer la position,
l’équipement, la bonne poignée à tirer au bon moment – je ne l’écoute pas vraiment : je n’ai
pas besoin de tout ça. Je regarde dehors. On voit encore le champ doré. Je me demande si ce
sera au-dessus d’un champ comme celui-là que je sauterai.
L’avion est petit et vieux, mais en bon état. Jo monte avec moi à l’arrière. Nous sommes
seuls. Je préfère ça. Je regarde le sol s’éloigner – un instinct enfoui tout au fond de moi
s’affole d’être aussi loin de la terre. Je m’efforce de le faire taire, de ravaler la panique qui me
monte à la gorge – dans quelques instants, j’y serai à nouveau, sur le sol. L’avion tremble 3
autour de moi, il fait un boucan d’enfer. Ça me rappelle la vie – j’essaie de me convaincre que
ça fait partie de l’expérience.
Arrivés en haut, Jo ouvre la porte. On ne s’entend plus penser, et ça devient difficile de
respirer. Jo me sourit, il me tend la main. Il hurle : « On se retrouve en bas ! » Je lui serre la
main, mais je ne réponds pas – même si je le voulais, les muscles de mon visage ne me
répondent plus. Avant de réfléchir ou de regretter, je me laisse tomber. Et c’est là que la peur
me délie les lèvres en même temps qu’elle me noue les tripes. J’ouvre la bouche pour hurler,
mais l’air s’engouffre dans ma bouche et y retient mon cri. Le vent me fouette le visage,
aplatit ma peau en une grimace qui doit être grotesque. J’ai du mal à respirer. Tant d’émotions
me saisissent que je sens mon cœur sur le point d’exploser. De toute ma vie, je ne me suis
jamais senti aussi vivant – et du même coup, je n’ai jamais eu autant envie de mourir. Ils
m’avaient dit que ça passerait vite, mais pour moi, c’est déjà trop long. Depuis combien de
temps est-ce que je tombe ? Une minute, cinq, une heure ? J’essaie de me concentrer sur le
champ d’or en dessous de moi, qui semble ne pas bouger. Mais au Nord, je vois la masse
noire de la ville – et la panique me prend. Je vois bien le monstre grandir, grossir. Ma main se
crispe d’elle-même sur la poignée – et il me faut toute la volonté du monde, une volonté dont
je ne me savais pas capable, pour ne pas tirer.
Ne tire pas, Morgan. Ne tire pas. Sois fort. Pour une fois dans ta vie, sois fort. Souviens-toi
pourquoi tu es venu.
Je me le répète comme une litanie, comme on chante à un gosse pour le calmer avant d’aller
dormir – et pendant ce temps, le sol vole à ma rencontre. Je ne regarde plus la ville mais je la
devine, dans la périphérie de ma vision.
Je n’ai presque pas de repère visuel, mais mon instinct me souffle le moment fatidique – le
moment où il est devenu trop tard pour déployer le parachute. Alors, je me détends – c’est
curieux. Ma main se détache de la poignée. Je me sens sourire, et je suis sûr que mon visage
aurait pu paraître serein sans la déformation du vent.
On raconte que notre vie défile devant nos yeux quand on se sait sur le point de mourir, mais
c’est faux. Ce n’est pas l’hôpital, ma douche ou Claire que je vois, c’est bien le présent: le
champ qui semble scintiller sous moi, déjà si proche que je crois distinguer les épis de
nouveau. Cette fois je le vois vraiment ; ce n’est pas une simple tache jaune, c’est un ballet de
jaunes et orange, je vois les tiges qui se balancent et dansent doucement, capturant les rayons
du soleil. Je réalise avec brutalité la présence du ciel au-dessus de moi, à nu, sans le manteau
de la pollution ; la lumière, la chaleur sur le dos de mes mains. Tous mes sens sont exacerbés,
tout paraît plus net, plus beau aussi. Mon cœur bat si fort qu’il recouvre le hurlement du vent –
et je crois bien deviner, timide, l’odeur de la terre battue. Dans ces quelques secondes, je
comprends enfin: c’est donc ça, de vivre? J’ouvre la bouche, et le voilà enfin: le cri que je n’ai
pas pu pousser avant – que je n’ai jamais pu pousser, de toute ma vie. Il résonne comme un
fabuleux chant de victoire à mes oreilles.
D’un coup, je réalise que ces quelques instants sont voués à se terminer brutalement – à quoi
bon faire l’expérience de la vie, si c’est seulement pour quelques derniers instants ? Soudain
je panique, mes membres s’agitent, je perds le contrôle – le sol est juste devant moi, mais je
tire avec acharnement sur la poignée, pris d’un désespoir incontrôlable – si c’est ça de vivre,
je veux vivre encore ! Mais rien ne se passe – le parachute ne se déclenche pas. La décision
avait été prise pour moi.
Ils avaient raison: ca passe trop vite.
J’ai juste le temps de penser: Merde, ça va salir le beau champ de blé.4
***
« Monsieur Icarus ? »
J’ouvre brutalement les yeux, comme si j’étais tiré d’une rêverie éveillée. Je suis dans un
hôpital, je reconnais bien, allongé sur un lit, mais je ne me sens pas drogué comme à la sortie
d’une anesthésie. Je me sens en pleine forme.
Une jolie femme me regarde en souriant. Ses cheveux sont tirés en arrière en un impeccable
chignon duquel pas une mèche ne s’échappe, et elle porte un tailleur de marque. Je devine
aussitôt qui l’envoie.
« Bienvenue chez les vivants. »
Je cligne des yeux. Elle prend un dossier posé sur une table à côté d’elle et commence à le
feuiller, un stylo à la main.
« Alors, monsieur Icarus – c’était comment ? »
Elle lève les yeux vers moi, et je vois l’indulgence adoucir ses traits.
« Ah, mais j’oubliais. C’est votre première fois, n’est-ce pas ? »
Je ne réponds pas. Je repense avec une clarté irréelle aux derniers moments avant l’impact –
l’émotion me serre la gorge, et je ne trouve que la force de hocher la tête. Elle sourit et coche
quelque chose sur une feuille.
« C’est quelque chose, n’est-ce pas ? Je dirais bien ‘magique’, si cela suffisait… Mais il n’y a
pas vraiment de mot… Vous ne croyez pas ? »
A nouveau, je ne peux que hocher la tête. Je vois dans ses yeux qu’elle a vécu la même chose
que moi – et nous savons tous les deux qu’en parler trop gâcherait la pureté de ces souvenirs.
« Je me souviendrai toujours… La première fois que je suis morte, » poursuit-elle, « j’avais
choisi le braquage qui dérape dans une ruelle. Coup de couteau. Moins original que vous,
mais il y avait l’option de ne pas choisir la date – vivre dans l’attente… Ces onze jours
d’attente… »
Elle eut un sourire, les yeux dans le vague, avant de secouer la tête pour se reprendre.
« Croyez-moi, monsieur Icarus, ça devient une vraie drogue. Moi-même, je m’y adonne tous
les mois. »
Elle note encore quelques mots sur ses feuilles.
« C’est original, comme nom. Ça a guidé votre choix ? »
Je hoche à nouveau la tête. Elle sourit.
« Est-ce qu’il y a eu des… complications ?
– Naturellement non, monsieur Icarus, soyez tranquille. Zheng&co emploie le fleuron de la
chirurgie, nous vous assurons une résurrection 100% sans séquelles. D’ailleurs, nous n’avons
jamais eu de complication sur ce produit particulier. »
Je la vois sursauter imperceptiblement, consciente de sa boulette, mais c’est trop tard : j’ai
relevé la nuance.
« Vous voulez dire qu’il y a déjà eu des problèmes ? »
Elle a recomposé un visage confiant.
« Eh bien, oui, peut-être cela arrive-t-il parfois… Je dis « parfois », je devrais dire
« pratiquement jamais » ! Mais oui, il est arrivé que nous ne réussissions pas à ressusciter un
client… Dans ces cas extrêmement rares, une garantie est prévue, l’argent sera reversé à votre
famille dans son intégralité, ainsi qu’un dédommagement… Mais je ne m’en soucierais pas,
Monsieur Icarus, notre dernier incident remonte à des années ! »
Je digère l’information, en essayant d’analyser le mélange de sentiments que je ressens –
avant que j’aie eu le temps de décider quelle émotion est la plus forte, la femme reprend :
« Vous êtes entre de bonnes mains, faites-moi confiance – serais-je une consommatrice si
régulière si je n’avais pas moi-même confiance ? Vous pouvez dès à présent organiser votre
prochaine mort, si vous le souhaitez ! »5
Je baisse tristement le nez.
« C’est que… je ne peux pas me le permettre…
– Attendez un peu de voir nos offres de fidélité ! »
Elle sort un catalogue qu’elle me tend.
« Cette année, nous faisons une promo sur les morts exotiques. Vous avez –20% sur un safari
non encadré – les prédateurs auront été correctement aiguillés, naturellement, il ne s’agirait
pas que vous ne fassiez effectivement qu’un simple safari ! -15% sur les serpents, avec une
large gamme… Oh, et mon préféré, j’adore, et il est à -30% : le coup fatal d’un kangourou.
Match de boxe préalable offert. Attention, l’offre expire dans 2 mois ! »
Elle glousse en se levant. J’ouvre le catalogue. L’offre variée de Zheng&co commence par les
morts dites « domestiques ». Électrocution, noyade – par épuisement ou forcée –
empoisonnement…
« Je vous laisse » annonça l’employée de Zheng&co en ouvrant la porte. « C’est un monde
qu’il est préférable de découvrir seul. Vous avez tout ce qu’il vous faut pour nous contacter
dans ce catalogue, ou sur notre site internet. À très bientôt, monsieur Icarus ! »
Elle ferme la porte sans plus chercher à conclure sa vente. Elle ne se fait pas beaucoup de
souci – et elle a bien raison. Dur de retourner au tennis quand on a vécu cela.
Il y a 80 ans, alors que le monde était en quête d’un nouveau marché du divertissement,
Zheng&co a trouvé le filon, installant un confortable monopole depuis et s’asseyant sur une
fortune ne cessant de grandir : le marché de la mort. Et par là, ils entendaient bien la mort du
client, et pas d’autrui. Offrir aux plus fortunés la possibilité de faire l’expérience de la mort –
sans avoir à se limiter à une seule fois. Mort encadrée, résurrection garantie – discrétion
auprès de la famille et des proches si nécessaire – le tout pouvant être exécuté dans une
simple journée de travail, afin de ne pas éveiller les soupçons. Propre, net, sans bavure.
Je regarde l’horloge suspendue au mur : il est à peine 16h. Je me donne une heure avant de
partir d’ici, une heure pour me mettre en route et rejoindre Claire, mon studio et mon
quotidien. Une heure pour découvrir les autres merveilles contenues dans les 148 pages en
papier glacé du catalogue de morts Zhen&co, édition 3042. J’avais la sensation d’avoir goûté
au fruit défendu – et maintenant, celle d’être placé devant un cageot entier. Je mouline déjà
pour calculer combien de temps il me faudrait économiser pour la balle perdue, ou l’accident
de voiture. Et si la prochaine fois, les chirurgiens étaient incapables de relancer les battements
de mon cœur ? ou bien, si mon cerveau ne se remettait pas en route ? Je ferme les yeux,
m’efforçant de me souvenir si, juste avant l’impact, je me souvenais encore que ces instants
n’étaient pas les derniers. Suis-je prêt à le refaire, en sachant que chaque fois serait peut-être
la dernière ? Je n’ai pas besoin de répondre à cette question ; je tourne une autre page. J’ai
soudain l’impression d’avoir trouvé un but, une raison pour travailler et économiser mes sous
– enfin, j’ai trouvé l’étincelle qui m’avait toujours manqué.
Un passant qui m’aurait vu, avec mon doux sourire et mes yeux rêveurs, aurait pu croire à un
enfant feuilletant un catalogue de jouets. Et au fond, il n’aurait pas eu tort.

Publicités

Un commentaire sur « Alice Loesch – 18 jours sans tomber – MSC Essec »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s