Judas, Amos Oz

judas

Résumé

A Jérusalem dans les années 60, Shmuel Asch, un étudiant en passe d’écrire une thèse ayant pour thème « Jésus dans la tradition juive », décide d’abandonner ses études suite à la faillite de l’entreprise de son père et une rupture amoureuse. C’est dans cette situation précaire qu’il répond à une annonce. Tous les soirs, il aura pour tâche de converser ainsi Gershom Wald, un vieillard cultivé en échange d’un logement et d’un petit salaire. Ses journées seront alors ponctuées par de nombreux débats au sujet de la question arabe, du sionisme et des discussions théologiques., mais aussi par ses rencontres ponctuelles avec Atalia Abranavel, fille d’une des grandes figures sionistes habitant la demeure, qui n’aura de cesse de le fasciner et dont il tombera amoureux.

 

Critique 1 – Arthur

***

« Judas » est un essai plus qu’un roman. Bien que la trame narrative tourne essentiellement autour des trois personnages prisonniers de ce huis- clos suffocant qui ne laisse pas de place à l’action, la réflexion prend très vite le dessus au gré des pages. Une réflexion néanmoins sans parti pris sur des thématiques brûlantes comme la création de l’Etat d’Israël, le statut de Jérusalem ou la question arabe et sur lesquels les protagonistes vont échanger des avis contraires.  En parallèle, Amos Oz nous invite à méditer sur la notion ambivalente de traîtrise à travers la figure de Judas Iscariote, l’homme qui a vendu le Christ pour trente deniers, dont dérive tant de clichés antisémites. En effet, le traître n’est pas toujours ce qu’il paraît être. Il est bien souvent contraint à faire des choix difficiles mais nécessaires à l’image du Général de Gaulle qui a œuvré pour l’indépendance de l’Algérie ou d’Abraham Lincoln pour l’abolition de l’esclavage. « Parfois, le traître est celui qui est en avance sur son temps », comme le dit si bien Gershom Wald.

Le seul regret que l’on peut avoir est de ne pas retrouver cette thématique de la traîtrise dans les relations que nouent Shmel, Atalia et Gershom Wald si bien que l’on est souvent en décalage entre les discours tenus par les personnages et la narration elle-même. A moins que la fidélité dont fait preuve Shmel soit une réponse implicite et suffisante aux détracteurs du judaïsme. Quant au style de l’auteur, il séduit dès les premières lignes tant les descriptions de Jérusalem sont imprégnées de poésie et de lyrisme (« Par un matin d’hiver quasi-printanier à Jérusalem-le ciel était d’un bleu intense, l’air embaumait la résine de pin, la terre mouillée et bruissait de chants d’oiseaux »). Une ville qui, à l’instar d’Oran dans « La Peste », prend vie dès l’instant où l’on commence à la connaître.

 

Critique 2 –  Juliette

**

Judas est un roman d’amour dans la Jérusalem de 1959, soit quelques années après la crise de Suez, qui souhaite nous faire méditer les lignes de fracture entre judaïsme et christianisme, entre Israël et ses voisins. Par les sujets que ce roman aborde, ce roman porte nécessairement à réflexion.

Un des sujets qui m’a intéressé dans ce roman est la place et le rôle du traitre dans une société. Même si Judas est le titre du roman, la majeure partie du roman ne me semble pas construite autour de Judas, le héros n’a rien d’un traitre. Cependant, à travers les débats, que ce soit au cours des débats théologiques et philosophique entre Gershom Wald et Shmuel, où il est souvent question de Judas. Ce personnage, source d’antisémitisme, est réhabilité par Shmuel. Sa thèse est que sans Judas le christianisme n’aurait pas existé. Ce serait lui qui aurait orchestré la crucifixion croyant à un miracle qui prouverait à tout Jérusalem que Jésus est le messie. Ne supportant pas la mort du Christ, il se suicide. Contrairement à Pierre, lui ne reniera jamais Jésus. Il est le premier et le dernier chrétien. Une seconde figure du traitre émerge dans ce roman : elle est celle de Shealtiel Abravanel, père d’Atalia, dirigeant sioniste qui s’opposait à la création d’un Etat d’Israël et à Ben Gourion, car ce projet lui semblait voué à l’échec. Lui aussi apparaît alors comme un traitre contraint de démissionner et disparaître de la sphère publique. Shmuel redéfinit alors le rôle du traitre en le considérant comme parfois un titre d’honneur et non de disgrâce. Le traitre est alors l’individu en avance sur son temps.

Ces discussions m’apparaissent comme l’un des grands intérêts de ce roman et c’est à ce titre que je vous encourage à le lire. Cependant, certains éléments du roman comme l’histoire d’amour entre Atalia et Shmuel, qui m’a laissée assez indifférente. Les confrontations entre Gershom Wald, vieillard désabusé plein d’ironie, et Shmuel, rempli d’idéaux et de rêveries, avaient à mes yeux bien plus d’intérêts et de profondeur.

Ainsi, ce roman plaira à bon nombre d’entre vous et est un beau roman, qui malgré ces quelques défauts, ne vous laissera pas indifférent.

 

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