Sélection nouvelle (I)

Sélection proposée par Hana

D’une longueur oscillant de 50 à 150 pages en général, la nouvelle est un récit court, souvent fictionnel, qui condense fortement l’intrigue et brosse le portrait de seulement deux-trois personnages.  Cette contrainte de longueur a inspiré de nombreux auteurs qui se sont illustrés dans l’art de la nouvelle au point de devenir leur principale source de notoriété.

La sélection ici effectuée ne se veut absolument pas exclusive ; cependant elle a le mérite de présenter des œuvres brassant deux siècles (du XIXe au XXe siècle) et deux continents (Europe et Amérique).

Elle sera présentée en deux parties, avec plus de titres à venir pour les passionnés !

 

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Les diaboliques, Barbey d’Aurevilly

Paru en 1874 d’un auteur relativement inconnu, Les Diaboliques est un recueil de 6 nouvelles qui fait scandale à sa sortie pour son ton sulfureux, qualifié d’ « immoral » par ses contemporains – ce qui n’empêchera pas le recueil d’être épuisé en quatre jours. La figure de la femme est au centre de chacune des histoires, souvent accompagnées de passion criminelle, d’adultère, et de vengeance. Impossible d’oublier Le bonheur dans le crime, une nouvelle qui peint la relation passionnée de deux êtres à la beauté exceptionnelle, le comte de Savigny et Hauteclaire Stassin. Leur amour les pousse au meurtre sans aucun remords ni culpabilité : une audace de narration qui constitue la signature de Barbey d’Aurevilly dans ce recueil tourné vers le Mal.

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Amok & Le joueur d’échecs, Stefan Zweig

Le maître incontesté de la nouvelle nous a laissé une profusion de recueils pour seulement deux romans. Il est un incontournable pour découvrir les nouvelles, tant les siennes sont des récits puissants et admirablement écrits. Après une première critique de La confusion des sentiments,  je choisis de vous présenter deux autres nouvelles, non moins connues : Amok et le joueur d’échecs.

Amok (ou Le fou de Malaisie) retrace l’histoire d’un médecin allemand affecté en Malaisie, qui fait la rencontre d’une aristocrate anglaise souhaitant un avortement discret. Suite à son refus, elle finira par recourir à des procédés beaucoup moins traditionnels, sans s’imaginer que le médecin se dévore de désir pour elle au point que les locaux le soupçonnent d’être devenu un « amok », un être dont la violence meurtrière est d’une frayeur saisissante. Le traitement de la solitude et de la torpeur ressenties par le médecin exclu dans la brousse, condamné à des relations insatisfaisante avec les indigènes, est brillamment rendu par Zweig dans cette  nouvelle qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout par le jeu de la narration anonyme coutume à l’écrivain autrichien.

Le joueur d’échecs est une nouvelle écrite lors des dernières années de vie de Zweig et trouve racine dans la barbarie nazie côtoyée par ce dernier avant son exil. L’histoire suit donc la rencontre entre le champion mondial des échecs, un être d’une arrogance et d’une intelligence redoutables, et un aristocrate autrichien devenu maître des échecs lors de sa détention en cellule d’isolement par les nazis, où il s’est entraîné seul à effectuer des parties imaginaires. Cet individu éminemment déboussolé par ses conditions d’internements et les injustices subies va ainsi défier le champion officiel, ce qui est l’occasion pour le narrateur d’approfondir l’histoire personnelle de cet homme hors du commun.

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Nouvelles (Nine stories), Salinger

Salinger est un auteur américain surtout connu pour son cultissime Attrape-Cœurs. Les nouvelles rassemblées dans ce recueil dépassent cependant les thèmes traités dans l’Attrape-cœurs pour se centrer sur le retour perturbé des soldats américains après la Seconde guerre mondiale. Le décalage entre les horreurs vécues sur le front et la vie rangée de la middle-class est l’occasion d’un choc extrême, visible dans la première nouvelle, intitulée le Poisson-banane. Cependant, ce recueil parvient aussi à toucher par son portrait de l’enfance et l’adolescence, un âge que Salinger restitue parfaitement, dans ses moments de grâce comme dans ses désillusions. Tout le recueil flotte ainsi dans une atmosphère douce-amère qui laisse un souvenir marqué aux lecteurs les plus sensibles à ce type de récit.

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