Le texte lauréat : Nocturne – Corentin Thuillot

Navires
Voguant
Et rires
du vent.
De suie,
La nuit
Surgit.
Néant.

Des goélands
Bien endormis ;
Pas un chant,
Pas un bruit.
Un lent silence,
En confiance,
Fait violence.

Rien n’y trahit.
Telle faille à l’obscur ;
Un brin de volupté,
D’un blême simple et pur,
Égaie de clarté.
C’est ombre incandescente,
C’est forme filante,
Sirène suppliante.
Voilà la macchabée.

Affranchie de nombreuses enclaves,
Libérée de son esclavage ;
Elle déferle, vague hâve
Envahissant le rivage.
Elle ralentit, s’immobilise,
Son châle emporté par la bise
Émanant des saveurs exquises.
Elle point des profondeurs des âges.

Elle se tourne, se retourne, se fixe ;
Semblant quérir un innocent indice,
Et larmoyant toutes les eaux du Styx
La rappelant en ses sombres abysses.

En l’air ses lamentations déchirantes
Briguent à créer l’ambiance effarante
Qui condamne l’aurore à l’âme errante.
Le temps demeure, épris de ses malices.

L’apparition du simulacre phantasmique,
Céleste et chimérique, a cessé de séduire
Et, abandonnant toute attitude stoïque,
Évolue en cauchemar des plus à fuir.
Le spectre en courroux inonde le littoral,
Sa noirceur se répand telle onde boréale :
Le divin séraphin pousse son dernier râle.
L’ange déchu expire, le démon soupire.

Le vent éveillé se soulève et crie,
Les vagues inspirées se galvanisent,
La houle en furie embrase la nuit ;
Scintillante, l’obscurité est conquise.
Ce n’est plus que foudres et fulgurations,
Ce n’est plus que clameurs et vibrations,
La voûte déchaînée hélant rançon.
Pour le maudit la victoire est acquise.

Défiant les traits foudroyants,
Déjouant les typhons d’Éole ;
Le damné vainc les océans,
Le damné vainc les vents frivoles.
La brève agonie de l’assaut
Assène en ses temps le plus haut
Chocs suprêmes et immémoriaux.
Sa contrée asservie, il vole.

Le spectre délivré
Ensoleille de vie
La nébulosité
Dont il est estourbit.
Un ange inquiet affleure,
Exhibant des couleurs
Ravivant la chaleur.
Retour à l’inertie.

Il chute aux berges,
Soleil d’hiver,
Les eaux l’immergent,
Doux rayon vert.
Brume et rosée,
Ange passé,
Démon chassé.
Silence en mer.

On vit,
On croit,
On suit
Sa voie.
Le songe
Nous ronge ?
Mensonges.
Pas moi.

Corentin Thuillot

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