Critique -Louisiane (Denuzière)

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1830. Virginie Trégan, parisienne confirmée, revient dans sa Louisiane natale pour hériter de la plantation négrière de son père. Jeune fille de la ville, elle découvre à 19 ans la vie des grands propriétaires de champs de coton du sud des Etats-Unis. Entourée du marquis Adrien de Damvillier, son parain, et de Clarence Dandrige, l’intendant de la plantation, elle va très vite prendre conscience des réalités sociales dramatiques qu’impliquent les cultures négrières, et ce, d’autant plus, qu’il n’est pas toujours vu d’un très bon œil qu’une jeune femme soit seule à la tête d’une telle plantation.

C’est après avoir effectué des recherches très approfondies que Maurice Denuzière, journaliste de formation, se lance dans la rédaction de Louisiane. Cette série de six romans historiques retrace l’histoire d’une famille de propriétaires de plantation de coton en Louisiane, de 1830 à 1945.

Louisiane est ainsi une véritable fresque historique, où les aspects romancés se mêlent aux faits historiques, décrits avec une précision et un réalisme qui rappellent le métier premier de l’auteur. Il nous livre une œuvre extrêmement complète, à la fois témoignage des nombreuses évolutions sociales qui se sont produites à cette époque, et interprète d’une saga familiale, génération après génération.

Mais l’aspect le plus intéressant de ce livre est probablement le point de vue que Maurice Denuzière propose sur cette période de l’histoire. Il choisit de narrer la vie d’une famille propriétaire d’une plantation négrière, dans laquelle travaillent 400 esclaves, mais se démarque en nous donnant le point de vue d’une jeune parisienne de 19 ans qui découvre cette société. Loin de vouloir critiquer ou justifier les pratiques de cette époque, c’est un exposé factuel qui se forme peu à peu, où le seul biais est celui du personnage narrateur, Virginie.

Car si la Louisiane de l’époque se caractérise par une galanterie à toute épreuve et des manières irréprochables, ce n’est que pour mieux masquer le machisme sous-jacent qui est omniprésent. Mais, paradoxalement, c’est là tout l’intérêt de ce roman. Car ce sont les femmes, si peu estimées, qui gèrent les foyers et peuvent entendre tout ce qui se dit et se fait, puisque personne ne leur prête de réelle attention. Ainsi, elles ont probablement la vision la plus complète de cette société, avec tous ses secrets et ses crimes.

Mais loin de s’arrêter à un moment, une photographie de la société, ce sont ses évolutions, ses mouvements que Maurice Denuzière veut étudier et comprendre. Car entre 1830 et 1945, l’histoire américaine est riche en évènements. De l’âge d’or du coton, à la fin de la seconde guerre mondiale, en passant par la guerre de sécession, les luttes sociales pour l’égalité entre noirs et blancs, la première guerre mondiale et bien d’autres évènements marquants, c’est tout un pays qui se forme et grandit.

Et les différentes générations se succèdent dans la famille Damvillier. Mais, chaque fois, ce sont les femmes de la famille qui narrent l’histoire, nous livrent leurs points de vue, qui changent avec les évolutions progressives des mœurs. Le plus amusant est peut-être, en avançant dans les différents tomes de la saga, de découvrir d’un point de vue extérieur les personnages à travers lesquels nous suivions l’histoire de la famille dans les livres précedents.

Ainsi, ce sont ces points de vue croisés, cette qualité de l’écriture et cette précision historique qui font de Louisiane un des chefs d’œuvre de la deuxième moitié du XXe siècle. Malgré une certaine langueur qui apparait parfois (la vie des femmes dans les plantations du XIXe siècle n’est pas toujours palpitante), ce cycle est plein de qualités qui compensent largement ces petits moments de flottement. Et les lecteurs de l’époque ne s’y sont pas trompés : de nombreuses fois primé, Louisiane a été, à sa sortie, le plus gros succès littéraire depuis 30 ans. Et si la longueur de la série vous rebute, n’hésitez pas à vous plonger dans une des nombreuses adaptations télévisées, cinématographiques ou radiophoniques qui en ont été tirées.

Cathy

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