Critique – Phobos (Dixen)

Phobos

Phobos est la troisième « série » de l’écrivain français Victor Dixen, deux fois lauréat du Grand prix de l’Imaginaire pour ses autres séries, Le cas Jack Spark et Animale. Comme ces autres romans, Phobos s’adresse à un public jeunesse, qualifié de « young adult », mais il se trouve à la croisée de plusieurs genres, dont les deux principaux sont la science-fiction et le thriller.

Afin de présenter le synopsis, je préfère citer directement un passage du roman, plus pertinent que la quatrième de couverture (un peu trop accrocheuse et ciblée à mon goût) : « Douze jeunes gens choisis parmi des millions de candidats, au terme d’une sélection internationale sans précédent. Un voyage inouï les attend, le plus grandiose de toute l’histoire de l’Humanité. Ils iront plus loin que Youri Gagarine, plus loin que Neil Armstrong, plus loin qu’aucun être humain n’est jamais allé. Leur formidable périple se déroulera en six étapes retransmises en direct sur la chaîne Genesis, 24 heures sur 24, grâce à notre système laser de communication interplanétaire. »

L’intrigue se déroule dans un futur assez proche, ce qui plaide en faveur du réalisme du récit. Le nouveau gouvernement ultra-libéral des Etats-Unis, dans sa tentative de résorber la dette immense du pays, décide de vendre la NASA à une société privée, Atlas Capital. Cette société mystérieuse aux sombres motivations, dont on ne voit jamais vraiment les représentants, finance le lancement du programme Genesis, un projet fou : lancer enfin le rêve de la conquête martienne en finançant les coûts immenses par un programme de téléréalité basé sur le speed dating. Douze jeunes gens, six filles et six garçons, sont censés trouver l’âme-sœur sur le vaisseau : la romance omniprésente saura satisfaire les irrépressibles romantiques.

Ce roman présente d’indéniables points forts, qui tiennent en grande partie au sujet abordé. Traiter de conquête spatiale dans un futur proche est un sujet particulièrement original dans le panorama des romans pour la jeunesse, dominé par les dystopies se déroulant dans une Amérique dévastée. Par ailleurs, la science est extrêmement présente et très crédible, témoignant des recherches approfondies de l’auteur sur ce sujet. Victor Dixen réussit d’ailleurs l’exploit d’aborder des points très techniques d’ingénierie spatiale tout en les rendant parfaitement accessibles au public visé.

L’atout principal de Phobos est certainement la satire sociale très pertinente que nous livre l’auteur. Il aborde des thèmes d’une actualité brûlante, avec une société proche de la nôtre mais aux dérives accentuées. Capitalisme éhonté, appât du gain intarissable et débordements de la téléréalité, Victor Dixen aborde ces sujets sans complaisance, avec beaucoup de finesse.

Toutefois, il me faut bien relever quelques déceptions. D’une part, on n’échappe pas au poncif du genre : l’intrigue se déroule aux Etats-Unis, dans un futur proche. C’est d’autant plus décevant de la part d’un auteur français, qui a su explorer l’histoire napoléonienne de la France avec beaucoup de talent dans la série Animale. De même, le style est trop simpliste, parfois presque vulgaire, alors que Victor Dixen nous avait habitués à une superbe plume dans Animale. Encore une fois, il s’agit sans doute de s’adapter à la cible visée, et de séduire un public plus large. On comprend les raisons de l’auteur : un roman se déroulant aux Etats-Unis, écrit dans un style simple et efficace, est plus vendeur. Alors oui, c’est compréhensible, mais dommage tout de même. Enfin, je soulignerai une petite déception sur les personnages, qui sont dans l’ensemble très convenus, à part peut-être l’héroïne Léonor, au caractère très fort. Cela n’empêche toutefois pas l’auteur de tisser des relations touchantes entre les protagonistes, en particulier l’amitié entre Léonor et Kris.

Pour résumer, Victor Dixen a su montrer avec Phobos qu’il sait se renouveler et développer une réflexion très intéressante à travers une intrigue passionnante et extrêmement prenante. Comment lui reprocher le côté parfois trop « marketing » du roman, quand ce dernier a été un véritable best-seller ?

Noémie

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