Critique – Consumés (Cronenberg)

Consumés

Beaucoup connaissent le réalisateur David Cronenberg : de nombreux films jouant avec les codes de la réalité (horreur, science-fiction, fantastique…) sont à la source de sa notoriété.

Le réalisateur a décidé de commencer en 2008 sa carrière d’écrivain aux Etats-Unis, en publiant Consumed, qui est arrivé en France à l’occasion de la Rentrée Littéraire de janvier 2016. Adulé par le maître du suspens, Stephen King, ce roman nous transporte dans l’univers décalé et fascinant de Cronenberg.

Deux journalistes aimant les grosses affaires de scandales, Naomi Seberg et Nathan Math, enquêtent parallèlement sur deux sombres affaires: la première suit un couple de professeurs de philosophie à La Sorbonne dont la femme a été retrouvée morte et mutilée à tel point que son mari est soupçonné de cannibalisme. Le second suit un chirurgien aux pratiques obscures retranché en Hongrie où il peut exercer dans un calme relatif. Evidemment comme dans tout roman de ce genre, on suit en parallèle les deux enquêtes vers une conclusion qui ne peut tendre qu’à une unification des deux cas. On reconnaît une fascination de Cronenberg pour l’étrange : comment songer au cannibalisme lorsque l’on parle de professeurs de philosophie qui eux-mêmes ont vécu une vie libertine avec amis et étudiants ? Doit-on y voir l’influence de Sartre ? De même, comment faire coexister une patiente, un médecin hautement controversé et un journaliste qui vont se retrouver liés par une maladie que l’on croyait éradiquée ou purement fictive ? Tout est bizarre, mais tout est maitrisé, c’est en cela que le roman s’avère déjà être un grand roman dans le domaine du suspens, du thriller et de l’étrange. L’environnement créé par l’auteur est également assez unique. On traverse le monde (la France, la Hongrie, le Japon, le Canada) et on se sent transporté dans ces différents pays : en jouant sur une description parfaite des lieux, sans tomber dans un abus qui pourrait rendre longs certains passages, on sent là encore la maitrise du réalisateur de film qui sait rendre les descriptions et les lieux beaux, agréables ou au contraire glauques et antipathiques en fonction de la situation vécue par les personnages.

Outre cela, on reconnaît parfaitement le travail du réalisateur de films dans ce roman : de nombreuses actions des personnages se suivent par la vue et on reconnaît une ambiance cinématographique souvent lourde correspondant à celle des bons films de Cronenberg. Ce premier roman en tout cas est une réussite. On est transporté du début à la fin sans temps mort dans une histoire complexe mais toujours abordable et compréhensible. On pourrait craindre que le réalisateur se laisse parfois emporter dans certains détails qui seraient centrés autour du travail filmique mais au contraire, il parvient à complétement s’intégrer au monde littéraire romanesque sans que cela ne nous paraisse exagéré. On se réjouit d’avance de la volonté de Cronenberg d’écrire un second roman.

Grégoire

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