Critique – Si c’est un homme (Levi)

Si c'est un homme
Si c’est un homme est certainement l’un des témoignages les plus bouleversants sur la Shoah. L’auteur de cette biographie, Primo Levi, y raconte son expérience d’un an en tant que prisonnier dans le camp d’Auschwitz. Il y dépeint d’une manière neutre, dépassionnée et froide les luttes quotidiennes des prisonniers. Il décrit la survie des prisonniers et met l’accent sur les horreurs induites par la déshumanisation des corps : l’absence de solidarité, les humiliations, le travail quotidien, les sélections périodiques où les malades sont séparés des bien-portants, les privations, la hiérarchie et le fonctionnement dans les camps. Ce livre comprend de nombreuses citations de la Divine Comédie de Dante : là où Dante descend dans les neuf cercles de l’enfer avant de retrouver le paradis, Primo Levi s’enfonce dans l’horreur de ce camp d’extermination.
 
 La perte d’humanité commence dans les trains où les prisonniers sont transportés comme du bétail. Primo Levi se sent aspiré par le néant. La perte des vêtements, des objets personnels, du nom (remplacé par un numéro) participent au processus de déshumanisation. Tous les prisonniers se ressemblent, rasés, le teint jauni et amaigris. On observe que la destruction physique et mentale prend du temps mais est finalement possible. Ce qui rend ce livre si particulier c’est la dignité avec laquelle Primo Levi évoque, sans aucune haine, une  morale sur la douleur.
 
Dans ce processus de déshumanisation, Primo Levi a finalement compris que pour survivre il lui fallait trouver une motivation : la sienne a été celle de survivre pour témoigner, témoigner de la déshumanisation et de l’enfer. C’est le moyen pour l’écrivain de mettre en mots la lutte qu’il a vécu entre humanité et déshumanisation. En rentrant des camps, en 1945, Primo Levi écrit son roman à l’aide des nombreuses notes qu’il avait rédigées au camp. Publié en 1947 à 700 exemplaires, le roman passe inaperçu, il faudra attendre 1963 et le deuxième roman de Primo Levi pour que l’auteur sorte de l’ombre et soit enfin reconnu…
Elodie
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