Critiques croisées – Astérix et le Papyrus de César (Jean-Yves Ferri, Didier Conrad)

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Après notre article annonçant la sortie d’Astérix et le papyrus de César (https://edheclitterature.com/2015/09/12/asterix-et-le-papyrus-de-cesar/), nous avons décidé, pour votre grand plaisir, de couvrir à nouveau cet événement avec trois critiques croisées.

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Après avoir emmené Astérix chez les Pictes, Ferri et Conrad s’attaquent désormais au papyrus de César. La première impression générale est bonne : les dessins de Conrad sont bluffants de ressemblance avec ceux d’Uderzo, l’idée de départ est excellente et tout à fait dans l’esprit « Astérix », bref, on sent que les deux nouveaux compères ont franchi un cap. Oui, mais voilà, on ne retrouve pas tout à fait la même saveur que dans les productions de Goscinny et Uderzo, du moins pas encore.

Premièrement parce que le scénario est sous-exploité : la BD manque de rythme, trop de texte, trop de mise en place, des personnages clés brillants (Doublepolemix !) mais transparents, trop peu de rebondissements. Et depuis quand a-t-on besoin d’une note pour expliquer le sens d’une blague dans un Astérix ?

Deuxièmement parce que même si l’on est contents de retrouver nos personnages secondaires préférés (Assurancetourix, Abraracourcix, Bonnemine, et autres comparses),  les nombreuses cases humoristiques qui leur sont consacrées manquent un peu de variété en terme de contenu et tendent à la répétition.

Et troisièmement, parce que la volonté d’introduire une touche de modernité est certes louable, mais pas obligatoirement toujours réussie. Ce point variera probablement selon les lecteurs, mais une licorne qui se balade dans un Astérix ne sera pas forcément du goût de tout le monde. De même que des noms comme Zerowifix. Tout est question de dosage.

Globalement Le Papyrus de César est très satisfaisant, à la fois pour les fans du petit guerrier gaulois, qui trouvent ici le meilleur album depuis Astérix et Latraviata, et pour Ferri et Conrad qui sont à la hauteur des attentes placées en eux. Leur troisième album est déjà attendu avec impatience.

Caroline Bintz

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La sortie du nouvel Astérix était un évènement attendu par les amateurs de la série, deux ans après l’épisode prometteur de Astérix chez les Pictes. Après 30 ans d’intérim forcé et absolument pas convaincant réalisé par Albert Uderzo, les deux nouveaux auteurs : Jean-Yves Ferri et Didier Conrad avaient donné un souffle nouveau et plein d’espoir pour l’avancée de la série.

Avec Le Papyrus de César, on ressort convaincu du fait que la page des plus belles années d’Astérix est tournée et que l’on pourra regarder cette série vers le futur sans nostalgie. L’épisode est une vraie réussite et on sent que les deux auteurs se fondent dans l’esprit Astérix. Tous les personnages du village gaulois correspondent à l’esprit voulu par les fondateurs de la série. On pourra très largement apprécier le côté ronchon d’Obélix qui, suite à l’annonce de son horoscope, doit se priver des choses qu’il aime par-dessus tout. Il en devient très sensible et touchant, comme assez rarement dans l’ensemble des livres de la série. Astérix, égal à lui-même, sert de canalisateur dans cet épisode et son rôle est plutôt classique. Idéfix par contre semble un peu en retrait. Certains apprécieront peut être et d’autres moins. Il continue cependant à avoir ses quelques minutes de gloire (bien moindre qu’il fut un temps, reconnaissons-le).

L’originalité de la thématique est quand même quelque chose d’impressionnant et de très appréciable. Jamais Goscinny ou Uderzo ne s’étaient penchés sur la Guerre des gaules et on apprécie les clins d’œil faits aux épisodes précédents de la série (dans une certaine limite cependant, les quelques cases finales sont un peu hors sujet). Les personnages romains sont tous assez réussis et la présence de César, bien qu’importante, n’est pas non plus un frein absolu à l’avancée de l’histoire.

Pour finir on peut quand même soulever quelques points de réserve : certains dessins ne sont pas toujours convaincants (c’est très ponctuel donc ce n’est pas complètement gênant) et on pourra également ne pas apprécier certaines fantaisies (on ne comprend pas bien par exemple l’intérêt des licornes. En soi, c’est peut être drôle mais est-ce bien l’esprit Astérix ?).

Finalement, vous l’aurez compris, cet épisode d’Astérix est bien fait et correspond aux attentes que l’on avait par rapport à la série. Vivement le prochain !

Grégoire Marette

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« Toute la Gaule est occupée par les Romains. Toute ? Non ! Un village d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur » César, qui rédige ses commentaires sur la guerre des Gaules, décide de supprimer la partie évoquant ses défaites face à ces irréductibles Gaulois en suivant le conseil de Promoplus. S’opposant à la censure, le journaliste Doublepolemix décide de faire éclater la vérité.

Cette nouvelle BD d’Astérix est sans doute la meilleure depuis la dernière d’Uderzo et de Goscinny : l’idée initiale est intéressante et nous retrouvons l’esprit de cette bande dessinée. Jeux de mots, répliques acerbes et situations comiques sont de retour comme « Dans le poisson on est plus terre à terre »

Cependant, parvenir à surpasser des bandes dessinées faisant appel à des extraterrestres ou autres scénarios grotesques n’était pas une tâche insurmontable et malgré toute ces notes positives, je suis profondément déçue par cette bande dessinée qui demeure très caricaturale et schématique de ce que l’on aime dans Astérix et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Doublepolemix apparaît comme un personnage insipide et insupportable auquel il est très difficile de s’attacher contrairement à des protagonistes comme Beaufix ou Pépé.  Il ne parvient qu’à « découvrir l’arme secrète du village ». Assurancetourix, déclame quelques phrases héroïques, se fait attraper par les romains pour que les gaulois viennent ensuite à sa rescousse. Les noms des personnages tel que Resowifix ou Bigdatha m’ont véritablement agacée. Cette bande dessinée souffre de beaucoup de moment de remplissage comme si Jean Yves Ferri avait été incapable de trouver des péripéties assez développées pour remplir les cases de la bande dessinée. Par exemple, l’interception du pigeon par les pirates pour illustrer en quoi consistait le piratage informatique n’a eu aucune incidence ni aucun intérêt pour la suite des évènements. Même si j’aime retrouver ces personnages, ce passage n’est que la preuve d’un manque de cohérence interne. Les idées manquaient, de plus, souvent d’originalité comme par exemple le fait qu’Obélix et tout le village sauf Astérix soient bouleversés en raison de la lecture de leur horoscope respectif. Faisant écho à la bande dessinée antérieure « Le Devin », cela ne s’est pas révélé aussi drôle et était un détail superflu qui ne contribuait en rien à l’intrigue. La licorne pourchassant les soldats romains m’a paru comme un élément complètement ridicule, même si les légendes autour de la forêt de Brocéliande a pu contribuer à avoir recours à cet être mythologique. Pourtant, ce qui m’a le plus affligée, c’est la fin ou rien n’a véritablement été accompli. Panoramix insistant sur l’importance de la transmission orale ; Doublepolemix ne publie pas le chapitre censuré de César. Seul accomplissement : Astérix fait promettre à César de ne plus arrêter de colporteurs et de libérer ceux arrêtés par la censure.

Les bandes dessinées d’Astérix et Obélix sont celles que je préfère, c’est pourquoi dès qu’une nouvelle est publiée je me précipite pour la lire dans l’espoir de retrouver ce que j’appréciais tant dans celle d’Uderzo et de Goscinny, pourtant cette fois encore je reste sur ma faim. Malgré les recettes engendrées par cette bande dessinée, il me semble que ce dernier numéro est la preuve qu’il est temps d’arrêter la série.

Juliette Aulagnon

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