Les (bonnes) surprises de la rentrée littéraire

Ils n’ont pas la chance d’être édités chez les plus grands, leurs éditeurs ont d’autres priorités dans leur catalogue ou sont des premiers romans. Et pourtant, leurs romans, dont vous n’entendrez pour la plupart pas parler, sont extrêmement plaisants et font partie des très bonnes surprises de la Rentrée Littéraire. Nous vous proposons ici une sélection de quatre titres qui ont retenu notre attention.G1

Derrière une couverture grisâtre et triste se cache un roman très surprenant. C’est l’histoire d’un professeur de lettres qui part en vacances avec une de ses élèves délaissée par sa famille. Leur relation secrète – purement intellectuelle, rassurez-vous – se voit découverte par le voisin de leur gîte de vacances. Cet homme énigmatique tient une collection de cailloux. On apprend en fait que ces cailloux sont les seules traces de mémoire lui restant. Un caillou étant un souvenir, ce roman passe en revue quelques cailloux.

Il s’agit donc simplement d’une succession d’anecdotes et d’histoires assez fantastiques que nous raconte l’homme aux cailloux. Nous trouvons ainsi une écriture très agréable et qui nous transporte facilement dans ces histoires imbriquées. Chaque personnage nous partage l’histoire de sa vie et on a l’impression, au fur et à mesure de l’avancée du roman, de découvrir des destins rares et uniques.

L’histoire et la manière dont elle est racontée sont assez uniques et ce roman est une vraie fraîcheur de cette rentrée littéraire.G2

Si vous cherchez à lire pour rire un peu, passez votre chemin. Ce roman – ou nouvelle tant il se lit vite – est glacial. La thématique est lourde : la violence faites aux enfants. Le style de l’écriture est terrible : les uns après les autres, on a la parole directe des personnes impliquées (professeurs, famille proche…) qui nous expliquent ce qu’ils voient et ce qu’ils ressentent. Cependant, jamais nous ne savons ce que pensent les parents de la jeune fille (elle aussi muette) violentée. On comprend les évènements qui se déroulent sous nos yeux et on est bloqué, on aimerait pouvoir agir et évidemment, on ne le peut pas.

Nous sommes donc dans un livre traitant d’un grave sujet d’actualité (il a directement été tiré d’un fait divers) de manière froide mais terriblement efficace. On ne peut être que surpris de l’efficacité du style de l’écriture lorsque l’on sait qu’il s’agit du premier roman d’un professeur en IUT. Preuve que l’écriture est universelle et peut tous nous toucher.G3

Le roman commence à Evreux chez un type sans histoire. Suite à une brève histoire amoureuse qui se termine mal, il se retrouve dans un état de détresse tel qu’il serait prêt à tout pour retrouver un souffle dans sa vie. Rencontrant des personnes peu fréquentables, il se retrouve embarqué pour le Mali avec de faux papiers et par un réseau illégal afin d’y travailler. Evidemment, il se trouve pris au piège du pays, incapable d’en partir et se retrouve dans un camp de djihadistes. On comprend alors qu’il s’est fait embarqué dans une histoire qui ne le laissera pas indemne. Tout s’empire évidemment et il arrive « nulle part » comme le dit l’auteur. Nulle part, surement la Syrie, dans un camp déshumanisé au milieu d’intégristes.

Ce roman est sans doute un des plus en lien avec l’actualité que l’on peut trouver au cours de cette rentrée littéraire. Il souligne extrêmement bien la manière dont en partant de rien, sans vraie folie religieuse, on se retrouve sans s’en rendre compte sur une pente dangereuse. On y trouverait presque un côté pédagogique afin de montrer qu’il n’y a absolument rien à trouver dans une vie enfermée dans la folie et la solitude d’un camp terroriste.G4

Ce polar venu droit des Etats-Unis marque par sa noirceur et son ambiance intrigante et bizarrement sensorielle. La narration est originale variant d’abord du point de vue de la principale protagoniste puis ensuite d’un point de vue plus large. On suit le parcours de deux familles qui ont comme point commun d’avoir connu prison et misère. La protagoniste principale est donc cachée depuis de nombreuses années afin d’éviter de réapparaître aux yeux de tous, et notamment de son beau-frère qui s’est fait enfermer de nombreuses années suite à un meurtre et qui ressort au moment où l’intrigue débute. La fille de l’héroïne (est-ce d’ailleurs le terme adapté ici ?), qui avait été placée chez un pasteur intégriste disparaît. Dès lors, l’engrenage infernal se met en marche et on se retrouve dans une intrigue menée à un rythme d’enfer.

On regrettera juste parfois un peu de confusion dans l’avancée des évènements mais le plaisir de la lecture et de l’intrigue reste quand même dominant. Mais on apprécie cependant une prise de risque dans la narration et la gestion de l’enquête, bien moins classique que dans la plupart des romans faisant appel à la figure tutélaire des policiers, services scientifiques, experts criminels en tout genre (ou même journalistes depuis quelques temps), qui marquent une certaine audace pour ce premier roman.

Grégoire Marette

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