Critiques croisées – Millénium 4 (Lagercrantz)

Millénium 4

Il s’agissait surement du livre le plus attendu de l’année : nouvel épisode d’une série restée muette pendant 10 ans, un nouvel auteur, une sortie mondiale bien travaillée commercialement par les éditeurs, un culte du secret assez rare…

En fait, face à une telle attente, on ne peut qu’être déçu du nouveau Millenium. En soi, le roman n’est pas mauvais. On a cependant l’impression d’être plutôt dans le premier tome d’une nouvelle série que dans la quatrième partie d’un succès planétaire. Certes, l’intrigue est centrée sur des évènements importants dont il est question dans la trilogie originale, mais par le style, l’intrigue et la gestion des personnages, on semble être dans une nouvelle série : le rythme initial (bon, le premier quart du roman au moins) est très lent et manque de perdre le lecteur tant l’intrigue met du temps à décoller. Les personnages ne sont plus trop eux-mêmes (il s’est évidemment aussi passé du temps entre le Millenium 3 et le 4) mais on ne reconnaît plus trop le personnage de Lisbeth. Certes, c’est toujours une hackeuse de génie mais à part ça, son caractère de justicière ne lui correspond plus trop. La manière dont Mikael Blomkvist est attiré vers l’intrigue peut aussi sembler tirée par les cheveux.

Finalement, on remarque que David Lagercrantz semble un peu mal à l’aise dans l’écriture de Millenium. L’héritage de Stieg Larsson est évidemment très dur à assurer et le résultat, même s’il est un peu décevant, n’est pas non plus complètement raté. Le roman manque de rythme et il serait bon d’avoir un cinquième tome afin de pouvoir observer si c’est le style de Lagercrantz qui est en cause ou si personne ne pourra atteindre l’intensité et la quasi-perfection des romans de Larsson.

Grégoire Marette

Millénium 4b

Ce 4ème tome de Millenium, désormais porté par David Lagercrantz, était attendu avec autant d’impatience que d’appréhension par tous les fans de la saga de Stieg Larsson. Et ce qu’on craignait arriva : cette nouvelle aventure de Lisbeth et Mikael a perdu toute son essence. Finie la noirceur signée Larson, Lisbeth Salander est devenue une caricature d’elle-même, fan de Marvel et superpuissante, et que dire de Mikael Blomkvist tout à coup si sentimentaliste. L’introduction est longue, beaucoup trop longue (200 pages sur 480, tout de même) et l’action ne décolle pas à cause du manque de rythme. L’écriture est laborieuse à plusieurs reprises, la saveur du roman un peu insipide.

Bien sûr, « Ce qui ne me tue pas » reste un polar somme toute correct, mais qui n’a plus rien à voir avec l’âme du Millenium originel, restant beaucoup plus classique, tourné autour d’un thème très à la mode – la NSA – et donc vu et revu. C’est comme si Lagercrantz avait voulu répondre trop vite aux questions laissées en suspens par Larsson onze ans plutôt, sans prendre la peine de donner une réelle profondeur à ses explications. L’apparition de la sœur de Lisbeth – pourtant espérée – tombe comme un cheveu sur la soupe, les personnages secondaires qui étaient auparavant une force de la saga sont cette fois-ci survolés, et seul le sort de l’enfant autiste August parvient vraiment à captiver le lecteur.

L’effort est louable, on sent bien que les personnages de Larsson ont été étudiés avec le plus grand soin, mais la copie ne suffit pas pour retrouver ce mélange si subtil qui avait fait la particularité de Millenium. On terminera quand même le livre, qui est loin d’être désagréable, mais la magie n’est plus là, et la déception – bien qu’attendue – obscurcit forcément le bilan. Faut-il vraiment se livrer à un 5ème tome ? Pourquoi pas, mais la page des Millenium de Stieg Larsson est bel et bien tournée.

Caroline Bintz

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