Oona & Salinger – Fréderic Beigbeder

OonaAvec Oona et Salinger, Frédéric Beigbeder s’essaye au genre du roman non-fictionnel, dont Truman Capote est sans doute le pionnier. Il s’agit de mêler réalité et fiction en imaginant ce qu’ont vécu des personnages historiques.

Beigbeder s’intéresse ici à l’écrivain américain J.D. Salinger à travers son idylle avec Oona O’Neill, future épouse de Charlie Chaplin. Salinger rencontre Oona alors qu’elle n’a que quatorze ans, mais elle fait déjà partie du « Trio des héritières » avec Gloria Vanderbilt et Carol Marcus. Beigbeder dépeint un tableau très vivant de cette jeunesse dorée de New York, enivrée de soirées, d’alcool et de cigarette à une période où le monde entier est à feu et à sang. Peu après l’attaque de Pearl Harbor en 1941, Jerry Salinger s’engage dans l’armée, mettant malgré lui fin à sa brève histoire d’amour avec Oona. À travers leur échange épistolaire – entièrement imaginé par l’auteur – Beigbeder met en parallèle deux mondes aux antipodes l’un de l’autre, séparés par un fossé qui se creuse un peu plus à chaque lettre. Alors que Salinger participe au débarquement en Normandie, à l’horrible bataille de la forêt de Hürtgen, « l’usine à viande », puis découvre les camps de concentration ; Oona, elle, poursuit son train de vie extraordinaire, rencontre Charlie Chaplin et se consacre à cet heureux mariage.

Il est indéniable que Beigbeder a étudié de façon très approfondie les personnages mis en scène et les épisodes historiques narrés. Ajoutez à cela l’affection touchante de l’auteur pour ses personnages, et en particulier pour la jeune Oona, et vous obtenez deux très bonnes raisons de lire ce roman.

Pourtant, en dépit de ces qualités, Oona et Salinger laisse une étrange impression d’insincérité. Ce sentiment tient en grande partie à la présence excessive de Frédéric Beigbeder. Quand il nous parle d’Oona et Salinger, il nous parle de Lara et lui. Il développe une théorie sur la grande différence d’âge au sein de certains couples, mais à travers cette théorie, c’est sa propre peur de vieillir qu’il évoque. Beigbeder est partout, si bien qu’il ne nous laisse jamais apprécier personnellement les personnages qu’il décrit. Si l’on peut voir l’épilogue sur sa femme et lui comme un bel hommage, j’y vois surtout un discrédit de l’histoire qu’il vient de nous livrer, qui semble n’exister que pour lui.

Pour finir cette critique sur une note moins sévère, je soulignerai l’expérience inédite que nous fait vivre Beigbeder : il nous invite à un certain moment à aller regarder une vidéo d’Oona O’Neill sur Youtube, avant d’en faire une très belle analyse. Sur la vidéo en question, vous trouverez parmi les commentaires des dizaines d’autres lecteurs venus pour la même raison. Comme accidentellement, vous ferez partie d’une communauté de lecteurs pendant quelques minutes, un sentiment qui tranche agréablement avec l’expérience solitaire de la littérature.

Noémie Barreiros

Un exemplaire de ce livre, offert par Le Livre de Poche, sera mis en jeu en octobre. Rendez-vous sur notre compte facebook pour en savoir davantage !

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