Critique – Leçons d’un tueur (Black)

Leçons d'un tueurLeçons d’un tueur est le premier thriller de Glen Duncan, célèbre auteur de romans fantastiques. Pour s’essayer à ce nouveau genre, il prend le pseudonyme de Saul Black, un nom qui annonce d’emblée la tonalité de ce roman. Sombre et angoissant, Leçons d’un tueur nous entraîne aux confins d’une barbarie innommable, sur la piste de deux tueurs au mode opératoire révoltant.

Le roman respecte parfaitement les règles du genre, plongeant le lecteur dans la peur et l’expectative du début à la fin. Et s’il est un incipit de thriller remarquable, c’est bien celui de Leçons d’un tueur. Dès les premières pages, Saul Black vous entraîne dans une poursuite haletante où l’horreur le dispute à l’espoir dans un cruel ballet. Il est alors trop tard pour refermer le livre et échapper à son ambiance troublante, qui vous hantera longuement en dehors des moments de lecture. Ne soyez pas surpris si vous ne parvenez plus à traverser la rue sans scruter le visage des passants, vous demandant secrètement si derrière cet air de normalité ne se cache pas un violent tueur en série…

Toutefois, l’intérêt majeur de ce roman réside dans la touche personnelle de Saul Black, qui tient peut-être à son genre de prédilection, le fantastique. Les personnages sont dotés d’une grande profondeur de caractère, ce qui permet à Saul Black de tisser de belles réflexions sur les relations humaines. Certains déplorent le manque d’empathie que leur inspire l’inspectrice Valerie Hart, tourmentée par sa précédente relation amoureuse, la dureté des enquêtes et ses problèmes d’alcoolisme. C’est pourtant un personnage extrêmement touchant par sa persévérance à la limite de l’inhumanité, par son envie d’aller jusqu’au bout de l’enquête, quelles qu’en soient les conséquences sur sa santé. Mais chaque personnage, qu’il soit primordial ou de passage, insuffle une vie particulière à ce roman, par ses failles, son histoire et ses motivations. Le vieil Angelo est peut-être le plus bouleversant, ancien romancier incapable d’écrire depuis la mort de sa femme. Sa sagesse et sa lassitude offrent un contraste émouvant avec l’insouciance déjà presque brisée de la petite Nell. Ce couple étonnant est comme une gorgée d’humanité pour le lecteur tout au long du roman, comme une promesse que l’homme en vaut encore la peine, en dépit de la cruauté qui suinte de chaque page.

Ce thriller est donc tissé d’une multitude de voix qui s’entrecroisent, se cherchent et se rassemblent au cœur d’une enquête sordide. Cette dernière progresse inexorablement, poussée par de petits détails, jusqu’au dénouement spectaculaire. L’écriture cinématographique de Saul Black, habilement changeante selon le point de vue, porte avec fluidité un récit qui ne vous laissera pas indifférent.

Noémie Barreiros

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