Critiques – Au-revoir là haut & Yoko Tsuno

Au revoirPrix Goncourt 2013, multi-récompensé, salué unanimement par la critique, Au revoir là-haut fait partie des meilleures ventes de l’été 2015 grâce à sa réédition en version poche. Alors, pourquoi faut-il absolument s’intéresser au phénomène ?

Certes, il s’agit d’une histoire romancée à propos de personnages fictifs – Albert Maillard et Edouard Péricourt, deux poilus rescapés de la Première Guerre mondiale –  qui tentent de s’en sortir dans une société où l’on pleure les morts sans vraiment se préoccuper des survivants. Mais les faits historiques sont bel et bien saisissants. Quelle place pour un ancien soldat sans le sou dans un pays dévasté par une des guerres les plus meurtrières que l’histoire ait jamais connu ? Comment affronter le regard de sa famille et du monde quand on est une gueule cassée défigurée à jamais ? A travers l’histoire d’Albert et d’Edouard, on découvre parfois avec stupéfaction – et sans doute un peu de naïveté – que tous les moyens sont bons pour se faire de l’argent, même sur le dos des morts. Organiser un trafic de cercueils pour devenir millionnaire, quitte à bafouer le respect des poilus qui ont sacrifié leurs vies pour la patrie ? Arnaquer l’Etat et des milliers de familles en deuil en vendant des monuments aux morts totalement fictifs ? De quoi heurter violemment la sensibilité et l’humanité du lecteur. De telles escroqueries ont-elles réellement existé et si oui, à quelle échelle ? Une question qui risque de trotter dans votre tête pour un bon moment.

Le récit est poignant et magnifiquement bien enlevé par Pierre Lemaitre, qui réussit à impulser un rythme haletant proche du polar – sa spécialité jusqu’alors – dans un roman historique, également décrit comme picaresque par certains. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les derniers jours de la Première Guerre ne sont que le point de départ d’une gradation ascendante de situations au dramatisme criant, telle une figure de style s’étirant sur tout le roman jusqu’à son apogée, qu’on taira pour ne pas gâcher l’attente du lecteur. Le Goncourt 2013 est décidément ciselé avec brio. Une chose est sûre, Au revoir là-haut ne laisse pas tout à fait indemne.

Yoko TsunoAlors que tous les regards sont déjà tournés vers le Papyrus de César, prochain volume d’Astérix et Obélix à paraître, un autre monument de la BD Française a connu une suite en 2015. Le 27ème tome de la saga Yoko Tsuno vient tout juste d’être publié, et quel plaisir de retrouver notre héroïne japonaise et son amie Khâny ! Exit la Russie et l’Ecosse, retour dans l’univers conspirationniste bleuté des Vinéens, ce peuple originaire d’une autre galaxie. Roger Leloup, qui a pris son temps – 3 ans tout de même – nous prouve à 81 ans que son talent n’a rien perdu de sa superbe. Un graphisme retrouvé, une Yoko au sommet de sa forme, et Leloup nous livre un scénario dans la droite lignée des épisodes vinéens précédents. Simple, efficace, voilà un épisode de la série qui saura plaire aux fans de longue date tout comme aux récents aficionados de celle que Vic surnomme affectueusement Fleur de Lotus. A noter toutefois que l’on commence à se perdre dans la multitude de personnages secondaires accumulés au fil des derniers tomes et qu’on ne serait pas contre un petit recentrage sur notre trio originel, Yoko, Vic et Pol. Le Secret de Khâny reste un Yoko Tsuno de bonne facture, facile à lire, et à se procurer aussi vite que possible pour petits et grands.

Caroline Bintz

Au-revoir là haut est disponible en poche dans toutes les librairies, au petit prix de 8,60€. Le 27e volume de Yoko Tsuno est lui aussi disponible un peu partout, et notamment sur le site de Dupuis (http://www.dupuis.com/yoko-tsuno/bd/yoko-tsuno-tome-27-le-secret-de-khany/60962).

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