Mont Oriol – Maupassant

Mont-Oriol est sans doute l’un des romans les moins connus de Maupassant, et pourtant l’un des plus achevés sur le plan romanesque.

Christiane Andermatt, venue en Auvergne pour suivre un traitement contre sa prétendue stérilité, s’éprend de Paul Brétigny (dont elle aura une fille) tandis que son mari, William Andermatt, homme d’affaires sans scrupule, lance un nouvel établissement de bains prétendument miraculeux. L’intrigue amoureuse se développe donc au beau milieu d’un climat d’intrigues financières et de charlatanisme médical. Ce va-et-vient entre la passion amoureuse et la passion pour l’argent est mené avec une grande habileté par Maupassant. Le climat relativement nauséabond qui entoure la passion amoureuse entre Christiane Andermatt et Paul Brétigny est sans doute à l’origine de l’échec de cette même passion.

Mais ce qui donne sans doute le plus de valeur à ce roman c’est son aspect autobiographique. Comment ne pas être profondément touché par l’échec de cette intrigue amoureuse quand on sait que Maupassant l’a lui-même vécu ? Comment ne pas être dégouté par cette volonté de tirer profit des malades quand on sait que Maupassant en a fait les frais ? En effet, on comprend vraiment, à la lecture de ce roman, toutes les épreuves que Maupassant a dû affronter : les traitements médicaux incessants qui ne mènent à rien ; l’impression de servir de cobaye pour de nouvelles expériences médicales ; l’absence de considération de la part de médecins et d’hommes d’affaires qui mettent la science et l’argent avant l’humain… Si ce roman est si réussi c’est sans doute parce qu’il est pour Maupassant comme une libération, un moyen de mettre à distance ce qu’il a vécu.

Un livre qui vous réconciliera avec Maupassant si jamais vos professeurs de français vous en avaient dégouté !

mont oriol

Extrait :

 Mais une jalousie brusque et bizarre entra soudain dans le cœur de Paul.

« Laissez donc, dit-il, je la connais, leur intelligence, à tous ces brasseurs d’affaires. Ils n’ont qu’une chose en tête : l’argent ! toutes les pensées que nous donnons aux belles choses, tous les actes que nous perdons pour nos caprices, toutes les heures que nous jetons à nos distractions, toute la force que nous gaspillons pour nos plaisirs, toute l’ardeur et toute la puissance que nous prend l’amour, l’amour divin, ils les emploient à chercher de l’or, à songer à l’or, à amasser de l’or ! l’homme, l’homme intelligent, vit et pour toutes les grandes tendresses désintéressées, les arts, l’amour, la science, les voyages, les livres ; et s’il cherche l’argent, c’est parce que cela facilite les joies réelles de l’esprit et même le bonheur du cœur ! Mais eux, ils n’ont rien dans l’esprit et dans le cœur que ce goût ignoble du trafic ! Ils ressemblent aux hommes de valeur, ces écumeurs de la vie, comme le marchand de tableaux ressemble au peintre, comme l’éditeur ressemble à l’écrivain, comme le directeur de théâtre ressemble au poète. »


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