Les confessions du monstre – Fanny Taillandier , Flammarion

Fanny Taillandier est agrégée de Lettres et professeur au lycée. Elle signe là un premier roman audacieux et talentueux, qui surprend par la force de son style et par son ironie glaçante. Elle a reçu cette année le Prix Littéraire des Grandes écoles, décerné par des lecteurs d’HEC, de l’ESCP, de l’ESSEC et de Sciences Po.

Janvier 2013. 250 pages, 18€
Janvier 2013. 250 pages, 18€

Le narrateur est un jeune homme cultivé, riche, beau, qui a su s’élever grâce à l’ascenseur social par son intelligence et son travail ; en apparence, tout lui sourit.

Et pourtant, alors qu’aucun élément déclencheur ne semble pouvoir l’expliquer, il commet une série de meurtres violents pour lesquels il ne montre aucun signe de culpabilité et dont il semble même se vanter auprès des juges et des journalistes. Les médias s’en donnent à cœur joie et exploitent ce « fait divers » en en faisant un véritable spectacle pour un public avide de sensationnel et d’émotion. Le monstre cynique devient une véritable célébrité durant le temps où il est sur le devant de la scène, avant de finalement tomber rapidement dans l’oubli en prison. Rongé par la schizophrénie, le narrateur est alors régulièrement soumis à des crises de folie pendant lesquelles il dialogue dans sa tête avec un de ses ancêtres, ancien Poilu, et revit par instants ses scènes de crime, mais sans jamais tomber dans le remords ni la culpabilité.

Fanny Taillandier reprend dans ce roman, après notamment Camus dans L’Etranger ou Gide dans Les Caves du Vatican, le thème de la violence gratuite et du cynisme. La très grande intelligence de la romancière est de parvenir à déculpabiliser le narrateur, qui est pourtant présenté comme un monstre pendant tout le roman, pour rejeter subtilement la faute sur l’hypermatérialisme de notre société contemporaine. En effet, la seule explication que donne Fanny Taillandier à cette violence est la schizophrénie, ce qui permet d’ôter toute responsabilité au narrateur. Le vrai coupable, c’est la société contemporaine qui décrypte tout sous l’aune de la consommation et du matérialisme, y compris l’amour. Dans une telle situation où ce qui est parfois essentiel est vidé de son sens, on comprend que la folie et l’incompréhension puissent nous gagner… La frontière entre l’homme et le monstre dénué de tous sentiments est alors très mince.

C’est donc le thème du Mal et celui de la société de consommation qui sont traités dans ce roman très prenant, qui plonge le lecteur dans une ambiance angoissante et troublante qui le pousse à s’interroger.

 

Critique proposée par Marc Freysselinard

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