Lilette – Claude Durand

liletteOrpheline de mère, née « d’un père volage et bel et bien envolé », élevée par sa tante Fausta jusqu’à la mort de celle-ci à ses quatorze ans, Lilette devient serveuse à l’Huître perlière, sans même savoir lire le nom des plats. Après avoir donné la vie à un petit garçon nommé Frito, c’est seule qu’elle s’en occupe, le père préférant de loin sa liberté à l’éducation d’un énième enfant. Le jour où le volcan de l’îlot des Antilles où Lilette a passé toute sa vie entre en éruption et ravage le paysage, elle est l’unique survivante. Un journaliste vient alors sur les lieux de la catastrophe et débute le récit de sa vie, à la fois banale et touchante.

Lilette n’est pas la narratrice de sa propre vie dans cet ouvrage éponyme, ce qui à première vue pourrait ôter une part d’authenticité et d’émotion au récit, mais il n’en est rien : le journaliste relate avec grande finesse les événements du quotidien de Lilette, aussi communs ou extraordinaires soient-ils. La prose poétique, chaleureuse et teintée d’exotisme de Claude Durand magnifie d’autant plus le récit.

Cette vie si simple n’en est pas moins pleine d’intérêts tant pour le journaliste que pour le lecteur. Entre maladresse et désir de bien faire, drame et insouciance, le lecteur ne peut que tomber sous le charme du personnage. Il se fait alors le témoin du destin de Lilette qui se file page après page, jour après jour, anecdote après anecdote, bien que ce destin s’achève sur un retour à la nature avec l’humilité, la simplicité et la discrétion qui caractérisent la jeune Antillaise.

Bien plus qu’un portrait touchant de Lilette, Claude Durand nous livre un portrait des Antilles à travers un style de vie qui lui est propre, des paysages naturels et sauvages que la modernité vient souiller et des personnages uniques : Tante Fausta et son perroquet Diabolo, le curé venu tout droit de Centrafrique, le maire et sa Buick, les pêcheurs ou encore les marchands à la sauvette. Ce portrait, qui se veut authentique, est à mille lieues de l’image paradisiaque des Antilles d’antan qui peut encore persister. Une vision réaliste de cette partie lointaine de la France nous est communiquée nous permettant dès lors d’en comprendre toute la singularité et la complexité.

Certes, en demeurant l’unique survivante d’une éruption, Lilette est une véritable miraculée. Mais, au cours de sa vie, la jeune Antillaise a vu disparaître tout ce qui lui était cher : ses proches, à commencer par ses parents, et son îlot. Elle n’éprouve donc aucune reconnaissance pour ce miracle qui l’a sauvée : « Ce n’était pas un sentiment de paix qu’elle recherchait et éprouvait, mais, bien davantage, l’impression d’être enfin admise à se retrancher d’une histoire qui ne lui avait jamais voulu de bien […]». Ainsi, bouleversée par les tournants tragiques de sa destinée, elle devient bouleversante.

Critique proposée par Anne.

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