Citrus County – John Brandon

Citrus CountyCitrus County fait l’effet d’une claque, ou d’une morsure. A l’instar de ses personnages, lassés de « marcher sur terrain plat », le lecteur, en se plongeant dans les affres et tourments d’une ville moyenne des Etats-Unis, vient convoquer une chute ou un grand saut dans le vide, quelque-chose d’au moins anormalement spectaculaire. Plongé d’emblée dans l’immobilisme pesant qui régit cette ville, c’est avec une certaine anxiété que l’on se prend à espérer, comme les héros de ce roman, « un océan aux vagues déferlantes plutôt que les embruns du golfe, un climat capable de tuer ». 

Perdue quelque-part dans le fin fond de la Floride, Citrus County s’est comme arrêtée dans le temps. Dans cette ville exceptionnellement médiocre, le rêve américain s’est écrasé sur le macadam brûlant, où circulent encore quelques voitures rutilantes. Toby vit en compagnie de son vieil oncle, dans une maison à l’écart de la ville et de ses pavillons proprets, une sorte de terrier où la nourriture n’a plus de saveur et où les coups ne font plus mal. Sous un ciel suffocant, les personnages ne cessent de se heurter à la banalité ambiante que rien ne vient perturber, jusqu’à ce que le jeune Toby décide d’enlever la sœur de sa camarade de classe, Shelby sans motif apparent.

Sous le regard pesant d’une ville éteinte et ordinaire, les deux adolescents s’achoppent et se rencontrent pour essayer de construire une relation extraordinaire dont Monsieur Hibma, leur professeur de géographie suit les tâtonnements avec nostalgie. Solitaire et désabusé Monsieur Hibma ne rêve lui plus d’amour, mais fantasme le meurtre de l’une de ses collègues dont les pieds trop larges et l’esprit trop étroit le heurtent et l’indisposent.

L’intrigue, très vite, se dévoile, et pourtant, le lecteur continue, haletant, de décortiquer les moindres recoins de Citrus County, tant le style et l’humour incisif de John Brandon vous prennent à la gorge. L’écriture est saisissante d’énergie, vivante et palpable, en miroir de ses héros meurtris, qui ne demandent qu’à vivre plus intensément. Par bien des points, on pourrait qualifier le style de John Brandon de cinématographique, que cela soit dans la façon méthodique et extrêmement visuelle de planter le décor, ou encore dans l’atmosphère générale qui en émane, évoquant le film Fargo de Joel et Ethan Coen, par un certain comique de l’absurde et une galerie d’anti-héros, stupides ou médiocres, ou encore  Mud de Jeff Nichols, qui décrit tout aussi justement une région tombée en désuétude. Quand tout n’arrive que par routine ou accident, il faut provoquer le destin. Tous ces personnages ont en commun cette volonté de s’extirper d’un quotidien funèbre et cafardeux, de façon maladroite souvent, générant alors cette teinte d’humour macabre savamment distillée par le romancier de Citrus County.

Critique proposée par Victoria.

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