Canal Mussolini – Antonio Pennacchi

Canal Mussolini

« Qu’il soit bon ou mauvais, ce livre est la raison pour laquelle je suis venu au monde. » Cet avertissement de l’auteur placé en exergue du roman souligne déjà l’importance émotionnelle du récit qui va suivre. Pour qu’il soit bon, il fallait que ce livre fût sincère et authentique. En cela, le lecteur ne sera pas déçu.

C’est avec une véritable audace qu’Antonio Pennacchi plonge le lecteur au cœur de l’Italie fasciste, période qui reste très douloureuse pour les Italiens. A travers l’histoire de la famille Peruzzi, une famille de métayers d’Italie du Nord, l’auteur aborde, de manière extrêmement bien documentée, l’histoire politique de son pays de la veille de la Première Guerre mondiale jusqu’à 1945. D’abord marxiste, la famille Peruzzi s’oriente ensuite vers le fascisme dans les années 1920, suivant par là la même évolution que Benito Mussolini et Rossoni, deux grands personnages historiques que le lecteur pourra approcher de près à travers la fiction puisque, amis de la famille, ils font partie intégrante du récit. Ce savant mélange de réalité et de fiction qu’il réalise avec audace – il en fallait pour mettre en scène Mussolini et Rossoni de cette façon – donne au récit oral d’Antonio Pennacchi une authenticité troublante.

En effet, lorsqu’il aborde à plusieurs reprises les raisons pour lesquelles sa famille était fasciste, ou encore l’admiration (souvent nuancée, toujours justifiée) que  celle-ci avait pour Rossoni ou Mussolini, le lecteur ne peut s’empêcher de se dire qu’il cherche en réalité à justifier les engagements politiques de sa famille, à ne pas créer de controverses à propos de sa famille. C’est à ces moments-là que le lecteur peut sentir tout le courage de l’auteur, et l’engagement personnel qu’il a mis dans son ouvrage. Mais ne vous y trompez pas, ce roman n’est pas seulement une manière de réhabiliter la mémoire de sa famille, ou du moins s’il le fait, c’est avec une objectivité et une justesse surprenantes, qui ne vient pas troubler le cours du récit.

Cette authenticité se vérifie également dans le ton que l’auteur emploie, un ton empreint de simplicité et d’humour. Dès le début du roman, l’auteur s’adresse directement au lecteur, dans un ton de sympathie et de proximité qu’il n’abandonnera pas jusqu’à la fin du roman. L’auteur instaure une relation personnelle entre le narrateur – dont l’identité n’est révélée qu’à la dernière phrase du roman – et le lecteur, en lui donnant ainsi l’impression qu’il écoute au coin du feu l’histoire qu’il a à lui raconter. Cette sympathie qui se dégage du narrateur se retrouve également dans les personnages, qui s’expriment avec une sincérité affichée, que le traducteur a cherché à transmettre du mieux qu’il a pu – même si la multiplicité des dialectes italiens employés dans ce roman lui rendait la tâche difficile.

Le seul reproche que je pourrais faire à l’auteur serait qu’il cherche trop, à mon avis, à justifier les prises de position politiques de sa famille. Le lecteur aurait pu juger par lui-même que la famille Peruzzi croyait plus aux bienfaits qu’un système politique pouvait leur apporter (que celui-ci soit marxiste ou fasciste) qu’à l’idéologie qui y était associée. Mais il est sans doute possible que, s’il ne voulait pas risquer de créer une polémique autour de sa famille et, par là, de salir sa mémoire, il valait sans doute mieux adopter cette position.

Critique proposée par Marc.

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