Colloque sentimental, Paul Verlaine, Les Fêtes Galantes, 1868

Alors qu’EDHEC Littérature effectuait le fameux dépoussiérage annuel de sa bibliothèque, ses membres sont tombés sur un livre de Paul Verlaine (1844-1896) tombé aux oubliettes : il s’agit des «Fêtes Galantes», recueil écrit à vingt-quatre ans et qui détermina la relation unique qui lia le poète à Arthur Rimbaud. Ce dernier affirma à Georges Izambard sans même connaître l’auteur de «Chanson d’Automne» : «C’est fort bizarre, très drôle ; mais vraiment, c’est adorable». Rimbaud avait le talent de pointer les choses d’un doigt accusateur, précis, à fleur de peau. Ce commentaire n’y fait pas défaut.

En effet, le jeune Verlaine dresse dans ces trente pages (et dans ce poème) une caricature de sa plume en devenir : l’omniprésence de la mélancolie, une musicalité charmante violemment confrontée à une ironie maladive, une forme quittant les normes parnassiennes et symbolistes, ainsi qu’une douce innocence rongée par une expérience négative de la relation amoureuse.

Figure éternelle des Poètes Maudits (qualificatif qu’il inventa lui-même dans un recueil éponyme), Verlaine demeure fidèlement attaché à La Nature comme pouvaient l’être les chefs de file du Romantisme (Lamartine, Hugo, Musset, Chateaubriand, Vigny…). Il fait cependant un pas supplémentaire en personnifiant ces éléments naturels et en leur attribuant le rôle d’acteurs, plutôt que celui de spectateurs : «Tels ils marchaient dans les avoines folles, / Et la nuit seule entendit leurs paroles.»

Jusqu’à ses derniers jours où, dans la plus extrême pauvreté, il était cantonné à l’écriture forcée pour subsister, Verlaine courut après un passé qu’il n’avait jamais vécu : la mélancolie verlainienne n’est pas le regret romantique des amours terminées, mais la montagne de déceptions refoulées qu’il emmagasina pendant cinquante-deux ans.

 »

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

– Te souvient-il de notre extase ancienne?
– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne?

– Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? – Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! – C’est possible.

– Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !
– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 »

EDHEC Littérature vous souhaite une joyeuse année 2013 et s’en va terminer son rangement.

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